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Interview Yann Arthus-Bertrand - Co-scénariste et réalisateur

 

À quel moment l’idée d’un long métrage s’est-elle imposée ?

Quand j’ai fait venir Al Gore à l’Assemblée Nationale pour qu’il y montre son film - Une vérité qui dérange - j’ai compris à quel point le cinéma pouvait être une énorme caisse de résonance, plus encore qu’une émission de télévision. J’ai vu à quel point les spectateurs étaient émus, parfois jusqu’aux larmes, et je me suis dit que le long métrage était un excellent moyen de toucher les gens. Cela m’a aussi paru un cheminement naturel après la photographie et les émissions télé. Je m’étais aperçu qu’en photographiant la Terre, je parlais de l’homme, et c’est cette même logique que l’on retrouve au cinéma.

Il s’agit de votre premier long métrage de cinéma, qui est aussi un projet d’une rare ampleur : de la production jusqu’au montage en passant par le tournage, avez-vous rencontré beaucoup de difficultés ?

Denis Carot, le producteur de Va, vis et deviens, m’a été présenté par Armand Amar, ami et compositeur. Il a dit oui tout de suite, au même titre que Luc Besson. C’est ensuite que cela a été difficile ! Quand on vous donne autant d’argent pour faire un film aussi inédit que Home – entièrement tourné depuis un hélicoptère et en haute définition - la responsabilité est énorme, et le stress permanent. J’ai géré tout cela à l’instinct, comme toujours, c’est-à-dire en apprenant sur le tas : nous nous sommes vite rendu compte que l’équipe de tournage devait se réduire, dans l’hélicoptère, à un pilote, un cadreur et un ingénieur vision. Puis il a fallu gérer les contraintes techniques, liées à la nouvelle caméra que nous utilisions, et aux conditions de tournage, différentes pour chacun des pays que nous survolions. J’ai également fait ce film sans scénario, avec une unique page d’intention. Je savais ce que je voulais raconter, mais la narration s’est vraiment construite au fur et à mesure du tournage, notamment l’idée centrale de l’énergie : d’abord l’énergie produite par les bras de l’homme, puis la révolution de ce que nous appelons les « poches de soleil », le pétrole. C’est finalement un vrai film de photographe, habitué à peu de contraintes !

Quel est le message au cœur du film ?

Ce film est un vrai manifeste. Notre impact sur la Terre est plus fort que ce qu’elle peut supporter : nous consommons trop, et nous sommes en train d’épuiser toutes ses ressources. Depuis le ciel, on voit bien les endroits où la Terre est blessée: Home explique donc simplement les problèmes actuels, tout en disant qu’il existe une solution. Le sous-titre du film pourrait être « il est trop tard pour être pessimiste » : nous sommes à la croisée des chemins, des décisions importantes doivent être prises pour changer le monde. Ce que nous disons dans le film, tout le monde le sait, mais personne ne veut vraiment y croire. Home est donc une pierre supplémentaire à l’édifice construit par les associations écologiques pour revenir à plus de bon sens et changer notre façon de consommer et de vivre.

Cela passe également par une diffusion exceptionnelle du film…

L’idée de distribuer ce film sur un maximum de supports et avec un maximum de gratuité m’est venue grâce à Patrice de Carolis, qui voulait investir dans le film pour France Télévisions. Il m’a en effet annoncé qu’il ne pourrait le diffuser que deux ans après sa sortie en salles. Je suis donc allé voir Luc Besson, et je lui ai dit qu’il fallait distribuer Home gratuitement. Il m’a répondu que c’était impossible, avant de se laisser séduire par l’idée d’un film qui sortirait partout au même moment, et accessible à tous. Cela n’avait jamais été fait, et cela a été rendu possible grâce à François-Henri Pinault, qui a tout de suite accepté d’être partenaire de notre film. L’idée est surtout pour moi que Home soit vu par les gens qui consomment, ceux qui ont un impact sur la Terre, et qui auront, je l’espère, envie de changer leur vie après avoir vu ce film.

Comment envisagiez-vous le commentaire et la musique du film ?

Le commentaire était évidemment primordial : je me suis beaucoup inspiré du travail de Lester Brown, le fameux analyste environnemental américain, et de son Etat du monde. J’ai également collaboré avec Isabelle Delannoy, avec qui je travaille depuis longtemps. Quant à la musique, je l’ai évidemment confiée à Armand Amar, le meilleur ami du monde et l’un des meilleurs musiciens français. C’est aussi un spécialiste des voix et des musiques du monde, et j’avais envie de ce mélange culturel pour le film.

Comment avez-vous travaillé le rythme du film ?

J’aime la lenteur de l’émerveillement, j’avais donc envie d’un film qui prenne son temps. Les contraintes techniques liées au poids de l’hélicoptère et à la caméra que nous utilisions nous ont conduits à tourner beaucoup de scènes au ralenti, et c’est ce que j’aime dans ce film : il est contemplatif. C’est aussi un film qui s’écoute et se médite : il y a des choses difficiles à entendre dans ce film, mais je n’étais prêt à aucune concession.

Pourquoi ce titre, HOME ?

C’est Luc Besson qui en a eu l’idée, et il s’est imposé. C’est un titre très symbolique puisque l’écologie est la science de la maison…

HOME est compensé carbone : qu’est-ce que cela implique ?

Toutes les émissions de gaz carbonique engendrées par le film sont calculées et compensées par des sommes d’argent qui servent à donner de l’énergie propre à ceux qui n’en ont pas. Cela fait dix ans que l’ensemble de mon travail est compensé de la sorte.

Qu’aimeriez-vous que le film suscite chez le public ?

En plus de changer leur vie, j’aimerais que les gens aient envie d’aider, de partager. Théodore Monod disait cette phrase superbe : « on a tout essayé sauf l’amour ». J’espère que ce film sera synonyme de beaucoup d’amour.